Suzanne Borel-Maisonny
1900-1995

Quelques extraits d’une interview réalisée en novembre 1989
et publiée dans le Périodique de la FNO n°148 de juin 1995.

« … Me voici quelques années plus tard, ayant déjà fait des études de phonétique, de phonologie, m’intéressant aux langues anciennes, au rythme, à la métrique et suivant les cours de préparation à la licence de lettres dispensés par l’Abbé Rousselot…

A partir de 1926, et par un pur effet de hasard, le Docteur Veau, que je connaissais, avait mis au point un nouveau mode opératoire pour les divisions palatines et les becs de lièvres (que l’on nomme aujourd’hui « fentes labio-narinaires »). Mais ce grand chirurgien considérait avec surprise que certains de ses patients parlaient mal…

Un jour, il ajouta à mon intention ; « faites en sorte qu’ils parlent mieux ». Mais je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait faire. Néanmoins j’acceptais.

Ma présence à l’hôpital fut d’abord juste tolérée dans un renfoncement de couloir. Puis les sujets à rééduquer devinrent de plus en plus nombreux… De ce recoin, je passais dans une cave, puis dans une petite pièce qui servait en même temps de vestiaire à l’infirmière de garde…

Progressivement, la rééducation devint partie intégrante du service de chirurgie.

…/ Ultérieurement, je me suis trouvée confrontée à des problèmes de langage… Mais, je me sentais très démunie, car je ne m’étais intéressée jusqu’alors qu’au versant mécanique de l’expression orale. Ma rencontre avec le docteur Pichon fut une véritable révélation : la confrontation avec l’œuvre de ce maître de la pensée, à la fois psychiatre, linguiste et grammairien me permit d’en aborder un autre niveau…

…/ Et puis un jour, on me conduisit, parce qu’il parlait très mal, un petit bonhomme à l’air éveillé. J’entrepris la rééducation de son articulation et de son langage. Il imitait mes mouvements, se prêtait aux exercices avec une bonne volonté incontestable et une intelligence réelle ; mais des inattentions subites, des distractions incompréhensibles, certaines réactions me parurent inhabituelles :
je découvrais la surdité !

… C’est sur ces sujets que je fis mes  premières armes. Je m’en félicite à présent : cet aspect, qui peut sembler le plus rébarbatif, était en réalité le plus formateur…

Rappelons que Madame Borel-Maisonny s’entoura de brillantes collaboratrices qui contribuèrent au développement de l’Orthophonie.
Pour ne citer que les premières que j’eus la chance de connaitre :
Denise Sadek-Khalil , Linguiste,
Andrée Girolami-Boulinier, Docteur ès lettres et en pédagogie
Lucie Mattéodo , Fondatrice du CEOP  qu’elle dirigea de 1968  à 1993
(CEOP, Paris = Centre Expérimental Orthophonique et Pédagogique, accueillant des enfants sourds)